Femmes, folie, famille : faire sortir « la folle du grenier »
La sortie de Mon vrai nom est Élisabeth, en 2025, a été et continue à être un phénomène éditorial au croisement de tendances multiples : élargissement du domaine de la non-fiction, enquête familiale et question de santé mentale. Pour cette dernière question, plus que de tendance on pourrait parler de tension, tant les dernières années ont été marquées par des titres féministes cherchant à travailler des assignations pour faire voir combien les structures patriarcales pèsent sur les parcours de celles qui ont été qualifiées, avec des conséquences parfois dramatiques, de « folles », « hystériques », « vieilles toquées ». D’Hélène Frappat (2023) et Stéphanie Dupays (2023) à Pauline Chanu (2025), se cherche un continuum entre manipulation et décrédibilisation des femmes à travers des processus psychiques. De même, la littérature connait un mouvement d’ampleur venant revisiter le personnage de la « folle dans le grenier » (Gilbert, Gubar 1979, Showalter, 1987). Les études visuelles interrogent quant à elles la rémanence d’anciens modèles (comme la spectatrice hypnotisée, suggestionnée au point de perdre le contrôle de sa perception ; Mireille Berton, 2017). Cet attrait pour l’archéologie des représentations aiguise une réflexion sur les outils techniques associés à la remémoration, au remontage ou à la diffusion de phénomènes psychiques et traumatiques (dont ceux portés par les images virales, associées dès leur nom à de possibles manifestations pathologiques). Mais le phénomène n’est pas seulement médiatique, éditorial, artistique, ou théorique : il est aussi social, comme le montre la vague de recherches généalogiques dont toutes n’aboutissent pas dans un objet livre ou podcast.
Si la thématique nous rassemble, la journée d’étude ambitionne également une dimension épistémologique autour du paradigme de l’enquête (Demanze, 2019) : comment, en littérature, en sociologie, en cinéma, fait-on « enquête » notamment sur le très intime (la famille, la « folie ») ? Comment s’hybrident les genres, dans les objets que donnent de telles enquêtes et quels sont les types d’archives impliquées ou réinventées ?
Au carrefour de l’enquête et de l’objet (artistique ou journalistique), cette journée prêtera attention aux processus de création et à leur genèse en faisant se rencontrer des travaux aux différents stades d’achèvement, puis se poursuivra par une lecture performée du livre d’Adèle Yon au théâtre Kantor.
Réserver une place pour la lecture performée de Mon vrai nom est Élisabeth