Logo 20 ans de l'ENS LSHLe théâtre Kantor


Où étiez-vous avant 2000 date où vous devenez le régisseur du premier théâtre conçu comme un équipement nécessaire d’emblée dans une École normale supérieure et, de surcroît, ouvert sur le quartier ?

Après une formation en arts décoratifs, puis une formation en audiovisuel à l’université de Poitiers, après dix années d’expériences professionnelles (audiovisuel, spectacle vivant, cinéma, chef d’entreprise, intermittent), j’ai intégré sur concours l’enseignement supérieur en 1997 à la nouvelle université d’Avignon. Fort de cette expérience pionnière, appréciant l’histoire de l’ENS de Saint-Cloud qui a utilisé les techniques audiovisuelles dès 1948, séduit par la refondation de l’ENS de Fontenay-Saint-Cloud à Lyon, ses outils et nouvelles perspectives d’enseignement et de recherche (théâtre, cinéma, auditorium, plateau de tournage Jean-Claude Carrière, studio son, salles de montage, etc.), j’ai pu accompagner l’installation de ces outils. Deux autres ENS ont maintenant un théâtre, l’ENS Paris-Saclay et l’ENS-PSL (Ulm). J’ai partagé récemment mon expérience avec les enseignants de l’ENS-PSL à propos d’un projet de rénovation de leur théâtre. L’ENS Paris-Saclay et l’ENS-PSL font appel actuellement aux entreprises et maîtres d’œuvre qui étaient ceux de l’ENS LSH en 2000 (Société Scène, société SNEF département Scène). Ces entreprises s’occupent aussi de la rénovation du théâtre du Châtelet, du théâtre de la Ville, du théâtre des Amandiers à Nanterre.

L’ENS Paris-Saclay vient de faire sa première rentrée (2020) dans ses nouveaux locaux (architecte Renzo Piano) qui comprennent la Scène de recherche, une salle modulable de 160 places qui sera investie par des artistes et des scientifiques et ouverte au public. Toutes les ENS ont une troupe ou un club-théâtre. Dans les anciennes ENS de Saint-Cloud et Fontenay-aux-Roses, il y a eu un club-théâtre commun aux deux ENS dénommé l’Aquarium[1] mais l’arrivée à Lyon promettait bien davantage aux élèves.

Oui, ce fut le projet et la mission d’Hédi Kaddour soutenu par l’équipe de direction d’offrir un vrai outil de recherche et d’enseignement : théâtre, cinéma, auditorium, avec une machinerie scénique, et les équipements scénographiques indispensables en matière de lumière, son, cinéma. Pour développer et présenter les projets dès l’ouverture, il y a eu l’accueil aux partenaires lyonnais, et surtout la création de l’association étudiante ENScène ! toujours très active qui a aujourd'hui le statut d’entreprise du spectacle (ENScène théâtre, ENScène cinéma et ENScène musique et danse). Les premières pièces montées en Kantor : L’ampoule magique, mise en scène de Philippe Manevy (2000 L SH) ; L’Ile des Esclaves, ENSATT et Conservatoire ; Histoires de Philippe Minyana a été mis en scène par Hélène Bacquet (99 L FC) et représenté en juin 2001. En 2001-2002, Vibrating White Light de James Maguire était un spectacle en anglais, mis en scène par Corinne Noirot (96 L FC) avec Robin Holmes (98 L FC), Philippe Manevy et Anne Pellois (96 L FC). Anne Pellois a créé et encadré un atelier de théâtre pour enfants (écriture collective, mise en scène) jusqu’à la création de Tous sur un plateau, jouée les 6 et 7 juin 2002 au théâtre Kantor puis, l’année suivante, Du Rifafa chez les Ut accompagné de la réalisation d’un documentaire (Tous en Coulisses). En 2002, Pierre Daubigny (98 L FC) a mis en scène La Campagne de Martin Crimp avec Robin Holmes comme assistant. La même année Robin a monté Brèves une adaptation des Review Sketches de Harold Pinter dans lequel Pierre Daubigny jouait et dont il avait créé la lumière. En 2004, Robin Holmes est revenu pour une représentation de La dernière bande de Samuel Beckett donnée aussi à Zagreb.

Des élèves ont commencé là et souvent poursuivi une carrière théâtrale (parfois tout en enseignant) : Pierre Daubigny, Robin Holmes, Hélène Bacquet (99 L FC), Thibaud Croisy (2006 L SH), Gérald Garutti (98 L FC), Marion Boudier (2001 L SH), Charlotte Bouteille (2000 L SH), Keti Irubetagoyena (2004 L SH), etc. Certains des élèves de cette période sont restés en contact jusqu’à maintenant avec ENScène ! par exemple Matthieu Lefrançois (99 S LY). ENScène ! propose toujours à l’ouverture au public six à huit spectacles par an, des projections avec réalisateurs, concerts, et surtout un festival de jeunes créateurs « Cithémuses » qui a lieu chaque année en septembre à l’ENS de Lyon.

Au cours des années, nous avons enregistré les professionnels invités, notamment les intervenants en master-classes. De 2000 à 2010 sont venus Claude Stratz, Luc Bondy, Jacques Lassalle, Stuart Seide, Michaël Levinas, Jean-Pierre Vincent, Denis Podalydès, Olivier Rolin, François Chattot, Simon Eine, Anne Queffélec, Georges Pludermarcher, Raoul Ruiz, Georges Lavaudant, Pierre Strauch, Jean-François Peyret, Caroline Marcadé, Oriza Hirata (qui a donné lieu à une grande leçon de théâtre en ligne : http://oriza-hirata.ens-lyon.fr/index.html), Emmanuel Ceysson, les D’Ores et Déjà, le Trio Bubar, Alain Fourny, Alain Cavalier. Toutes ces archives sont désormais confiées à une enseignante, Anne Pellois, et sont une ressource pour le travail de recherche des étudiants. Plus tard sont venus notamment Gwénaël Morin, Nicolas Bouchaud, Christian Lallier, Marion Aubert, Daniel Deshays, Benoît Lambert, Tg Stan.

Parmi les enseignants, il y a eu Hédi Kaddour de 2000 à 2005 qui venait de Fontenay et était chargé de mission pour le théâtre. Il y a toujours Anne Pellois (96 L FC) recrutée comme agrégée préparatrice en 2006 devenue maîtresse de conférences en études théâtrales en 2008. Jean-Louis Rivière, professeur de 2004 à 2016, nous a quittés en novembre 2018 peu après sa retraite[2]. C’est Olivier Neveux, venu de Lyon-2, qui suit désormais les élèves ; il a étendu des partenariats avec des festivals, les grandes écoles de théâtre comme celles de Liège et de Lausanne, la Comédie de Saint-Étienne, le Festival international Sens Interdits qui devait se tenir en octobre pour lequel Kantor est un « lieu partenaire ». J’ai un temps travaillé avec Clément Cannone (2002 L SH) qui fut responsable des affaires culturelles à l’ENS, maintenant chargé de recherche CNRS à l’IRCAM. Il a développé les partenariats avec le CNSMD de Lyon, l’IRCAM, le GRAM. Plus récemment et jusqu’à l’année 2019-2020, une autre spécialiste de musique, Chloé Huvet (2008 L SH), désormais maître de conférences à l’université d’Évry s’est beaucoup investie.

Dès le début, il y a eu des partenaires institutionnels dont les instituts culturels à Lyon : Institut culturel italien, Goethe-Institut, Institut Cervantès. Aujourd’hui (mais je ne peux pas tout citer ni citer dans l’ordre) il y a ou il y a eu l’IAO, l’ENSATT, le TNP de Villeurbanne, le théâtre des Célestins, le CNSMD, l'Orchestre national de Lyon (ONL), l'Institut Lumière, la compagnie Bruno Boëglin, la compagnie Verceletto, la Comédie de Saint-Étienne, la Manufacture à Lausanne, l’école de théâtre de Liège, l’école de théâtre du Burkina Fasso, et des écoles et collèges du quartier de Gerland et des associations locales (musique, danse, cinéma, festival) du 7e arrondissement et d’autres arrondissements de Lyon, etc.

Le début de l’année universitaire 2000-2001 était-il un peu compliqué ?

En septembre, c’était la fin du chantier, les ouvriers étaient encore là et sous pression. Hédi Kaddour et moi suivions de près et passionnément tout ce qui concernait l’évolution des travaux pour respecter le cahier des charges, (acoustique, lumière, cinéma, etc.). L’équipement avait été conçu par la société Scène, la référence en matière de conception et de réalisation de théâtres (mais aussi d’opéras, de conservatoires).

Qui a dessiné le théâtre ? 

Henri Gaudin avec les scénographes de la société Scène[3]. Depuis 2000, nous veillons à maintenir l’adaptation technique du théâtre avec un suivi permanent ; cela passe parfois par des rénovations (2012) ou des transformations. Ainsi, tout l’équipement cinéma est passé au numérique en 2013.

Et maintenant ?

L’équipe de Kantor s’est renforcée. Nous sommes trois, un régisseur général, un assistant régisseur, et Anne Pellois, qui gère avec nous le planning et les demandes de programmation. La salle est très demandée et utilisée sur une grande amplitude horaire[4]. Il y a toujours eu des élèves scientifiques impliqués, même avant la fusion lettres-sciences de 2010. La pandémie complique tout de même la vie de Kantor depuis quelques mois et retarde des projets : deux master-classes ont été annulées en avril et juin 2020[5].

Un mot sur les projets ? 

Des formations régie, lumières, etc. ont été mises en place dès 2003 pour que les étudiants et élèves puissent créer, répéter et travailler en toute autonomie les soirs et week-ends, en attendant de reprendre le montage de spectacles. Nous mettons en place dans cette période compliquée de la pandémie des modules de formation complémentaires en lumières, son, qui, peut-être, susciteront de nouvelles vocations ?

Jean-Philippe MICHAUD, régisseur général du théâtre Kantor, assistant ingénieur, novembre 2020,
propos recueillis par Christine de BUZON (71 L FT)

Le Bulletin remercie Pierre Daubigny, Robin Holmes et Anne Pellois pour leurs compléments d’information.

[1] La troupe universitaire de l’Aquarium a commencé rue d’Ulm en 1965 autour de Jacques Nichet (1941-2019) et était ouverte à d’autres ENS. Dès 1972, Jacques Nichet et Didier Bezace (1946-2020) installent la troupe au théâtre de l’Aquarium à la Cartoucherie de Vincennes. (Note des éditrices)

[2] Voir le Bulletin de l’association : 2018-2, p. 55 et 2019-1, p.88-92. (Les éditrices ont ajouté les notes de cet entretien)

[5] Information sur les master-classes de 2010 à 2020 :

http://www.ens-lyon.fr/indexation/collection/master-class-lettres-et-arts



Pour citer ce texte : Jean-Philippe MICHAUD, Le théâtre Kantor, Bulletin de l’association des élèves et anciens élèves des ENS de Lyon, Fontenay, Saint-Cloud, n°2, 2020, p. 54-56.