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Vœux 2026

Vie de l'École

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12/01/2026

Comme chaque année, Emmanuel Trizac a convié les communautés de l'ENS de Lyon au traditionnel rendez-vous des vœux et du partage de la galette. Nous vous invitons à lire le discours qu'il a prononcé à cette occasion.

Bonjour à toutes et tous, 

Si je souhaite vous présenter aujourd’hui des vœux chaleureux, il ne faudrait pas que cela passe pour une provocation. En effet, la conjonction 

  • de températures rigoureuses, 
  • d’une panne de CTA (centrales à traitement d’air) sur certains bâtiments, 
  •  et les difficultés rencontrées par notre fournisseur d’énergie sur sa production, qui se sont traduites par un manque de débit sur les échangeurs thermiques,

tout cela a fait que nous avons repris dans un froid polaire ou presque.

Et déjà, la trêve des confiseurs nous semble lointaine… Accélération de l’histoire, soubresauts voire tumultes de l’actualité nationale et internationale, montée des incertitudes. Dans ce contexte qui s’assombrit, comment se souhaiter des vœux pleins d’élan ou appelant à une sérénité béate ?  

Si la présente célébration ne nous permet pas de mettre le temps en mode pause, nous pouvons cependant la mettre à profit pour prendre du recul.  

L’occasion est particulière, nous approchons du 1000e jour pour l’équipe de direction, qui correspond à peu près à la mi-mandat, que nous avons d’ailleurs déjà passée. Je souhaite ici réinscrire l’action, la vôtre, la nôtre, 

  • dans le temps long qui est celui de la recherche et de la formation, 
  • et dans le temps collectif aussi de notre projet d’établissement, celui qui vous a été présenté il y a un peu moins d’un an, après une large consultation. Il formule une ambition commune, on ne peut la porter qu’ensemble.

Sans tomber dans un satisfecit qui n’est pas de mise, je soulignerai quelques points saillants de l’activité. 

En 1er lieu, et c’est un plaisir renouvelé chaque année, je souligne l’activité remarquable de nos départements et de nos laboratoires. La recherche et la formation sont 

  • solides, 
  • vigoureuses, 
  • et reconnues comme telles. 

C’est essentiel. Derrière ces résultats, je salue aussi tout l’écosystème de compétences, de services administratifs et techniques sans lequel nos missions ne pourraient pas s’exercer à ce niveau. Ni même s’exercer du tout. Il nous permet d’être au rendez-vous que nous nous sommes fixés : être une grande école de recherche d’utilité publique, reconnue en France et à l’international.

Je ne prends qu’un exemple, ils sont légion. L’académie des sciences vient de décerner ses prix annuels : il y en a 48. Et 12 vont à des chercheur/chercheuses de l’établissement, ou à des anciens de l’École. 25 % du total national, vu notre petite taille à l’échelle du pays, c’est exceptionnel. J’insiste aussi sur le rôle de nos alumni dans cette reconnaissance. C’est une de nos missions importantes d’ENS que d’irriguer le monde académique. Et nous le faisons.

Lorsque je suis arrivé à l’École au printemps 2023, la préoccupation était double :

  •  d’une part, œuvrer à une politique d’ouverture, ouverture de l’École sur elle-même, ouverture au site, ouverture à la société, ouverture à l’international ; 
  • d’autre part, mettre au coeur les questions de dialogue social, de qualité de vie étudiante et de qualité de vie au travail. 

Pour cela, il fallait une équipe de direction élargie ; elle est passée de 5 à 10 personnes avec notons-le, 6 femmes.

Avec vous d’abord, avec nos partenaires sur le site, avec de grandes institutions nationales et internationales, nous avons entrepris un travail de fond, dont les résultats je l’espère seront durables. Et c’est le 2e point que je veux souligner ici : l’École, tout en maintenant son exigence sur le cœur de ses missions, a fait bouger ses propres lignes sur des enjeux importants pour nous. Je vais en prendre six exemples :

1- Diversification du recrutement étudiant, une nécessité forte pour remplir pleinement notre mission d’ENS : 

  • Nous venons de lancer en partenariat avec les autres ENS et les établissements de l’Institut Polytechnique de Paris l’Observatoire de l’égalité des chances qui va
    • mener une recherche sur les questions d’accès aux filières sélectives de l’enseignement supérieur,
    • constituer une ressource pour les gouvernances des écoles.
  • Le CPES (Cycle Pluridisciplinaire d’études supérieures) Sciences et société, en partenariat avec le lycée du Parc, est l’un des leviers de notre politique de diversification des recrutements, avec plus de 40 % de boursiers. La première promotion a été diplômée en novembre, et a eu des résultats assez exceptionnels.
  • Enfin bien sûr, nous poursuivons activement toutes nos actions dans le cadre des Cordées de la Réussite ou en lien avec des associations, comme les Entretiens de l’Excellence qui nous ont permis d’accueillir 400 jeunes et leurs familles en décembre dernier. Je mentionne aussi le forum Biosciences, superbe initiative du département de biologie. Si vous ne savez pas de quoi il s’agit, allez les voir ; ils adorent en parler, vous allez comprendre pourquoi.

2e exemple, la politique d’égalité H/F et lutte contre les discriminations. 

  • Avec d’abord les bourses Cécile DeWitt-Morette, garantissant une allocation de 10000 €/an pendant 4 ans aux normaliennes admises sur dossier dans les filières mathématiques et informatique. Pour mémoire, à la rentrée 2024, aucune femme inscrite dans ces départements dans la voie étudiante. À la rentrée 2025 : six ont rejoint l’École. En parallèle, le nombre de candidates admises sur concours classes préparatoires a doublé, peut-être y a t-il eu un effet d’entraînement ? Aujourd’hui, la proportion de femmes dans les 2 filières en 1A est de 20%, contre 5 % l’an dernier. C’est encourageant. Cette initiative est doublée d’une forte action de sensibilisation des étudiants et des enseignants, ainsi que de prévention des VSS. Et il est essentiel que les femmes se sentent protégées.
  • Le nouveau Plan Égalité qui contient des mesures importantes telles que la mise en place d’un congé menstruel, la formation des jury aux biais de genre, des dispositifs d’accompagnement des carrières incluant la prise en compte des congés maternité. Et en 2026, un travail sur la ménopause. 
  • Dans le cadre de notre partenariat avec l’association Femmes & Sciences, dont nous avons accueilli le colloque national en novembre, nous avons également lancé un programme de mentorat pour les doctorantes à la rentrée 25. 

3e exemple. La Qualité de vie étudiante au cœur de nos préoccupations

  • avec d’abord la santé étudiante. J’y reviendrai.
  • Les travaux de la résidence Debourg ont commencé cet été, avec une ouverture prévue à la rentrée 2027, incluant la reconstruction d’un gymnase. Il y a eu tout un travail avec nos partenaires financeurs, CROUS et Région, et nous sommes parvenus à boucler le budget. Ça n’a pas été simple.
  • J’ajoute que le budget de la FSDIE a été augmenté de 60% pour renforcer le volet concernant les aides sociales aux étudiantes et étudiants.

4e exemple. La qualité de vie et des conditions de travail, également au cœur de notre action.

Je me souviens vous avoir dit à mon arrivée (le discours des 100 jours en juillet 2023) qu’un levier important était celui de la rémunération.

  • Nous avons revu la grille des contractuels, et le RIFSEEP en 2024 au moment même où le Rectorat nous avait mis en surveillance renforcée. Ce fut acrobatique et nous sommes heureux d’avoir pu y parvenir.
  • Un véritable travail a été entrepris pour pérenniser les personnels et les accompagner dans leurs parcours professionnels. Quelques chiffres. Concernant les personnels BIATSS tout comme enseignantes-chercheuses et enseignants-chercheurs, l’effectif des fonctionnaires est stable depuis 2 ans. Dans le même temps, alors que ces dernières années avaient vu une augmentation notable du nombre de CDD, nous avons inversé la tendance dès 2024 : 11 CDD de moins (comparé à 21 de plus l’année précédente), et 16 CDI supplémentaires, permettant de stabiliser les collègues en question.
  • Une autre de nos priorités a porté sur les doctorantes et doctorants et les jeunes chercheuses et chercheurs. Nous avons lancé dès 2023 la Journée des doctorants, clarifié la politique des congés payés en nous alignant sur le mieux disant ; en mars 2026 aura lieu la première journée zoom sur les labos juniors, pour donner à voir la jeune recherche, la recherche de demain… et déjà d’aujourd’hui ! Et puis la formation à l’encadrement doctoral a été rendue obligatoire pour encadrer des CDSN ou obtenir l’habilitation. Enfin, un suivi et accompagnement des carrières a été mis en place, dans le cadre de nos engagements HRS4R, et au-delà.

5e exemple autour du dialogue social, en instance et hors instances, auquel nous portons une attention toute particulière, notamment dans le cadre du projet d’administration qui décline le projet d’établissement.

Un grand nombre de GT ont vu le jour, reflétant la diversité des statuts, missions et métiers dans l’École, conduisant à bon nombre de schémas directeurs, et des décisions opérationnelles et concrètes. L’un de ces objectifs concerne le partage de la culture interne et la transversalité. À ce titre, je rappelle le lancement des mini confs de la recherche depuis l’année dernière. Destinées au personnel, elles font à chaque fois un tabac. La prochaine est prévue le 5 février, par Julie Henry, « Une philosophie à l’hôpital ». L’exposé portera plus précisément sur un croisement, presque un paradoxe :

  • philosopher à l'hôpital (premier étonnement !) ,
  • avec le fait d'intervenir dans un service d'urgence vitale.

6e exemple. Notre positionnement sur le site et au delà.

J’ai eu l’occasion de le dire à plusieurs reprises, la collaboration entre les établissements et le rôle de coordination de la ComUE nous ont permis de retrouver une véritable dynamique commune. Après près de 2 ans de travail, la stratégie scientifique de site a été lancée à la rentrée 2025. C’est un gros chantier qui est ouvert, qui est porté par les communautés académiques. Notre école y prend toute sa part et coordonne l’un des Instituts thématiques autour de l’Intelligence artificielle, des concepts aux usages, sans oublier les multiples enjeux de cette révolution. Avec l’installation future du Cryomicroscope électronique, soutenu par l’institut Shape Med consacré à la santé globale, nous serons également un lieu central pour la biologie, volet santé. À noter également sur le plan de la formation,

  • la création d’un double diplôme Médecine Humanités en lien avec Lyon 1 et les Hospices Civils, dès la rentrée 2026, 
  • et bien sûr le lancement du DIE du CHELS sur les Grandes transitions à la rentrée dernière. Ce sont de très belles réalisations collectives, récente pour l’une, à venir pour l’autre.

Enfin, un mot sur l’ouverture à l’international où les réalisations sont également visibles. Elles passent par de grands accords structurants, en particulier de mobilité entrantes et sortantes à tous les niveaux. Par exemple, nous avons reconfiguré notre programme PROSFER de formation doctorale en l’ouvrant désormais à nos partenaires universitaires lyonnais. Vincent Michelot a fait en fin d’année une grosse tournée internationale sur plusieurs continents. En plus de Prosfer avec l’ECNU,

  • on vient de signer un accord avec Beijing concernant un programme d’études avancées sur les études aréales et l’apprentissage de la langue chinoise ;
  • au Japon, l’École a signé un accord de co-tutelle doctorale avec le NIST (NARA Institute of Science and Technology) sur des thèses dans tous les domaines des SEE et on mène un travail avec un Institut à Tokyo (National Institute of Informatics NII) ;
  • dans le cadre de notre collaboration avec le Canada, nous allons ouvrir un double Master avec Ottawa, portant sur les études urbaines.
  • Aujourd’hui, nous sommes le coordinateur du projet Biosantexc avec les IISER indiens pour l’ensemble des ENS.

Bref, pas à pas, qu’il s’agisse d’accords majeurs ou de collaborations plus pointues, notre présence internationale se structure et s’institutionnalise.

J’en viens à mon 3e point : le cap à poursuivre, dans un contexte préoccupant, gros de risques et incertitudes.

On parle ici :

  • du budget, et celui de la recherche en particulier, dont on espère qu'il pourra être maintenu. De lourdes charges nouvelles et non compensées pèsent sur nos finances. Une double main est à l’œuvre : on nous demande de diminuer nos charges… alors qu'on nous les augmente. Voilà un discours contradictoire.
  • on parle de la place de la science. La science attaquée, y compris sur ses enjeux urgents.
  • On parle aussi du contexte politique et social.
  • Enfin, un mot sur le contexte international, qui est chargé actuellement, sur bien des fronts, de Gaza au Venezuela, pour le dire vite, trop vite.

Risques et incertitudes ai-je dit : il nous revient de les transformer, pour ce qui nous concerne, en maîtrise et en perspective. J’insiste ici sur quelques priorités sur lesquelles nous allons nous concentrer.

Une des premières mesures en 2023 a été de créer un service de santé étudiante. Enjeu crucial, notamment la santé mentale. Notre priorité est désormais en 2026 d’ouvrir un Centre de santé étudiante, c’est à dire de passer au soin, que nous ne pratiquons pas pour le moment. Ce sera un plus décisif pour nos étudiantes et étudiantes.

Je mets en avant aussi le soutien à la liberté académique, nous y sommes très attachés, et qui subit des coups de boutoir. Elle est à défendre comme principe majeur, qui s'articule avec une responsabilité académique.

Sur la question des transitions, nous avions inscrit dans le projet d’établissement la création d’un Centre des transitions. Eh bien celui-ci a désormais un nom : il s’appellera l’Institut des mondes durables. Nous allons recruter un professeur des universités en charge de sa direction et nous le lancerons officiellement à la rentrée 2026. Ce projet essentiel a vocation à regrouper les recherches et les formations transdisciplinaires autour des grands enjeux contemporains (transitions sociale, climatique, énergétique, préservation de la biodiversité et de l’environnement, etc.). Ce sera un pont entre le présent et l’avenir, c’est un pont entre l’école et la société, dans une logique de temps long et d’utilité publique.

C’est dans cet esprit aussi que nous développerons, à partir du tout nouveau pôle CASST (pour Culture, Arts,  Sciences, société) notre politique en matière de culture et de médiation artistique et scientifique. C’est notre lien avec la société qui est en jeu, ce fil parfois ténu entre la science, et celles et ceux pour qui nous la faisons. Il se construit, se nourrit, il ne va pas de soi. Il nous faut politiser ces questions, notamment la place de la réflexion critique, de la rationalité, du débat, de l'argumentation. Notre société est menacée par une déchéance de rationalité. Et nous avons un atout, avec la place importante des Arts dans notre École. Ce dont il est question, ce n’est pas seulement du plaisir esthétique, même si c’est un allié précieux pour rendre plus proches, palpables des idées et concepts qui pourraient paraître trop complexes. Il s’agit aussi de l’éveil à un regard analytique et critique. Notre société en a grand besoin.

Enfin, je mentionne un dernier chantier, concernant les moyens, le mécénat, et la réflexion concernant une possible Fondation. Il s’agit de se donner de nouvelles marges. Un séminaire invitant les DD, DU, ainsi que les élus du CA, du CS, ce qui implique les représentants du personnel, et les élues étudiantes et élus étudiants est organisé la semaine prochaine. Une AG devrait suivre, pour échanger sur les moyens et les fins.

J’ai maintenant presque terminé. Alors que les vœux pour la nouvelle année affluent, en voici quelques-uns de plus au nom de toute l’équipe présidence. La santé prime dit-on ; épanouissement et réussite dans vos projets personnels, académiques et professionnels doivent également être en bonne place.

Je forme le vœu d’une année de curiosité, et d'éveil. Je nous souhaite également de ne pas céder à la culture du buzz ou du clash, qui peut conduire à un climat marqué par la polarisation. Car les désaccords, bien naturels, doivent se régler par la confrontation sereine, en laissant de côté caricature et emporte pièce.

Attention enfin à l'excès de galette, et peut-être, à l'abus de bonnes résolutions.

Je terminerai avec Léon Tolstoï qui nous met en garde : « Tout le monde fait la même erreur, de s’imaginer que bonheur veut dire que tous les vœux se réalisent. » Ça me semble une belle et sage conclusion ; ce sera la mienne aujourd’hui.

Je vous remercie pour votre patience. Vous êtes maintenant, enfin, invitées et invités à partager la galette.

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